Ma Loute, le mélodrame qui se dispute avec le burlesque

Ma Loute, le mélodrame qui se dispute avec le burlesque

Affiche du film Ma Loute, on y voit en premier plan André Van Peteghem
Affiche du film

Un monde à part, avec ses propres règles

Ma Loute, film de 2016 réalisé par Bruno Dumont est une comédie burlesque qui a obtenu le César du meilleur film français ainsi que d’autres prix. Il met aussi en scène des acteurs professionnels comme amateurs. Effectivement, il est possible de voir les acteurs amateurs tels que Raph (Billie), Brandon Lavieville (Ma Loute Brufort) et Thierry Lavieville (le père Brufort) bégayer et hésiter. Toutefois, Dumont met les acteurs sur un pied d’égalité : les professionnels tels que Fabrice Luchini (André Van Peteghem), Juliette Binoche (Aude Van Peteghem) et Valeria Bruni Tedeschi (Isabelle Van Peteghem) sont sortis de leur zone de confort. Dumont leur demande une gestuelle qui les force à jouer de façon extrêmement exagérée et qui les met mal à l’aise face à la caméra.

Synopsis

Le récit se déroule durant l’été 1910 à la Baie de la Slack dans le nord de la France. C’est une zone de tournage généralement habituelle pour Bruno Dumont. Des disparitions forcent l’inspecteur Machin et son accolyte Malfoy à enquêter. A côté de cela, la famille Van Peteghem originaire de Tourcoing vient passer ses vacances dans leur maison de villégiature. La famille Brufort, une famille de pêcheurs, mènent leur vie et gagne leur pain comme ils le peuvent. Il y a donc une grande opposition entre l’aristocratie riche et le petit peuple sans le sou.

le réel se mélange à l’irréel

Les paysages grandioses

Les plans sont souvent de vastes étendues d’eau ou de sable. Ces plans sur la Côte d’Opale sont grandioses, magnifiques et réalistes. Beaucoup de choses diffèrent entre les riches et les pauvres, mais les paysages naturels eux ne changent jamais en fonction du personnage présent à l’écran.

Paysages de la Côte d'Opale dans le film Ma Loute de Bruno Dumont

Les personnages excentriques au physique marqué

Il faut évoquer dans un premier temps le père Brufort. Son visage est marqué et creusé par la vieillesse, il est comme usé. Ensuite, un autre personnage où c’est très flagrant : l’inspecteur Machin qui est très gros et qui possède un aspect caoutchouteux. Il dégringole, tombe, fait autant de bruit qu’un ballon de baudruche qui serait frotté frénétiquement.

Inspecteur Machin et son accolyte Malfoy sur la plage de la Baie de la Slack
Inspecteur Machin (Didier Després) et Malfoy (Cyril rigaux)

L’opposition entre le ridicule des personnages et la magnificence des paysages

Dumont a fait le choix d’intégrer beaucoup de contre-plongées sur des personnages qui se détachent de la luminescence bleue du ciel. C’est là que le réel et l’irréel sont mélangés. D’autant plus que les Van Peteghem s’extasient de façon grandiloquente et ridicule face à ces majestueux paysages.

Isabelle Van Peteghem, la femme et cousine d'André Van Peteghem, vêtue de blanc en contre-plongée sous le ciel bleu.
Isabelle Van Peteghem en contre-plongée

Les personnages

Contraste entre les aristocrates et les pêcheurs

La première chose que le spectateur remarque est la différence de langage. Les Van Peteghem s’expriment de façon grandiloquente, à la manière de la Comédie Française, même parfois en chantant comme le fait la sœur d’André Van Peteghem, une diva. Alors que les pêcheurs s’expriment en patois ch’ti. Il arrive même que les phrases ne soient pas comprises, comme lorsque le père Brufort parle à son fils, Ma Loute, au début du film.

D’autant plus qu’on découvre rapidement que les pêcheurs ne se nourrissent pas de façon traditionnel. Ils font effectivement acte de cannibalisme en ne mangeant que leurs amis les bourgeois/aristocrates à qui ils font en général traverser la baie.

Enfin, je ne saurais dire si c’est volontaire de la part de Dumont, mais les pêcheurs sont joués pas des amateurs et les Van Peteghem par des professionnels.

L’inspecteur Machin et son adjoint Malfoy

Ces derniers pourraient facilement être comparés à Dupont et Dupond ou Laurel et Hardy. Ils forment en effet un duo d’idioties parfait. L’inspecteur est totalement stupide. Il ne comprend rien à ce qui lui est dit et Malfoy n’a aucune autorité, il ne sert à rien. Même lorsqu’il essaie de dire quelque chose à son supérieur, ce dernier ne l’écoute pas ou ne comprend pas. Enfin, on retrouve une sorte de Mickey Mousing avec l’inspecteur. Chacun de ses pas et de ses mouvements sont appuyés par un effet sonore.

Billie Van Peteghem

Personne n’est perturbé par le fait que Billie soit tantôt une fille tantôt un garçon. Le doute sur son genre à la naissance plane particulièrement longtemps. Cette jeune personne pourrait être un rappel à ce qui se passe dans la tête d’un adolescent. Ce dernier cherche son identité et se rebelle. En effet, Billie s’entiche d’un pêcheur. Billie pourrait aussi être une parfaite description du trouble de l’apparence qui règne chez certains individus. Enfin, Raph a obtenu pour ce rôle le prix de la révélation féminine de l’année.

Les critiques sociales

Du côté des Van Peteghem

Il s’agit ici d’une sorte de critique de l’aristocratie française, une société totalement à part, qui s’extasie de tout. En effet, il est possible de constater qu’André et sa femme s’extasie face à un simple pêcheur qui fait son travail. Aussi, Isabelle dit sans aucune gêne « ces gens ne sont pas comme nous » en parlant des pêcheurs. Ajoutons aussi que Dumont a évoqué les mariages incestueux : « C’est l’usage dans les grandes familles du nord » a dit André Van Peteghem. Effectivement, André et sa femme sont cousins germains. D’autant plus qu’Aude et André parlent de Billie, la fille/fils d’Aude, Mme Van Peteghem dit en gémissant que Billie passe de garçon à fille à cause de ces relations malsaines.

Du côté des Brufort

Ici, c’est la précarité dans laquelle sont les laissés les pêcheurs du village St Michel qui est critiquée. Cette précarité pourrait être une critique de la précarité dans les quartiers des grandes villes actuelles. J’ai pensé à cela lorsque j’ai entendu la phrase prononcée par Ma Loute à Billie : « C’est mon quartier, quartier St Michel. »

L’éducation des enfants est elle aussi critiquée. Effectivement, les trois jeunes fils Brufort voient Christian et Billie au sol sous un filet et disent : « Regardez ! Il y a de la viande ! » et cela leur paraît tout à fait normal de manger des êtres humains. En effet, leurs parents les ont habitué à cela. C’est aussi normal pour eux de manger des êtres humains que de manger un poulet. Donc ce que les parents apprennent à leurs enfants depuis tout jeune devient une normalité malgré ce qu’en pense la société.

Pour conclure

Ce film est très bon avec toutes ses particularités. Il est aussi difficile à comprendre et bourré de mystères. Il y a énormément de choses dont je ne vous ai pas parlé. Vous avez donc encore énormément de choses à y découvrir. Toutefois, je tiens à vous dire que j’ai eu beaucoup de mal à en parler de manière subtile. En particulier lorsque j’ai parlé des critiques sociales présentes dans Ma Loute. Si j’ai donc fait preuve de maladresses, je tiens à m’en excuser, ça n’était aucunement mon but. Dumont est beaucoup plus doué que moi pour faire des allusions à la société et ses probèmes de façon subtile. Enfin, comme Red Sparrow, Ma Loute peut parfois déranger.

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