2001 : L’Odyssée de l’Espace

2001 : L’Odyssée de l’Espace

Le 12 mai dernier, au 71e Festival de Cannes, était présenté une copie restaurée en 70mm de 2001 : L’Odyssée de l’Espace. A partir du 23 mai, ces chanceux de parisiens pouvaient découvrir cette copie au cinéma L’Arlequin. Retour sur cette expérience kubrickienne, qualifiée de « chef d’oeuvre », qui résonne encore dans le cœur des cinéphiles 50 ans après sa sortie.

Affiche d’une très grande classe

La première chose qui marque le spectateur quand les images apparaissent, c’est que cette copie 70mm a une sacrée gueule. N’ayant pu voir la copie originale sortie 50 ans plus tôt, on se doute que le travail de restauration a du être conséquent tant l’image parait nette. Le grain ne fait que rajouter cette ambiance vintage propre à la pellicule et donne au film un charme fou. On pense bien que la version 4K, qui sort très bientôt sur les écrans, aura elle aussi une sacrée gueule. En tout cas, le film commence sur de très bonnes bases avec son introduction mythique et son image grandiose.

2001 : L’Odyssée de l’Ennui

C’est dans les 30 premières minutes que le film commence à montrer ses faiblesses scénaristiques puisqu’on sait le metteur en scène qu’est Kubrick très pointilleux avec son histoire. Il crée ainsi une ambiance très lente et très pesante qui colle parfaitement au ton qu’il veut donner à son film. Seulement, dans ses trois premiers quart d’heure, le film se déroule à trois espaces temps différents, cassant grandement le rythme du film. On y découvre en première partie une tribu de primates, à l’aube de l’humanité, qui utilise le premier instrument mortel après avoir fait face à ce monolithe noir mystérieux. Des millions d’années plus tard, en 2001, ce dernier est découvert pas les humains sur la lune, émettant des signaux vers Jupiter. Ils décident ainsi d’y envoyer un équipage pour découvrir la portée de ces signaux.

Quid de la signification de ce monolithe ?

C’est à partir de son troisième segment que le film peut véritablement commencer. On y fait la connaissance de deux astronautes accompagnés de leur ordinateur de bord doté d’intelligence artificielle, HAL 9000. Seulement, ce dernier donne des signes d’inquiétude à son équipage et commence à devenir dangereux. Si le parallèle entre les trois premiers segments paraissent flous de prime abord, ils traduisent de la bestialité de l’être humain. On commence ainsi par les prémisses de la violence humaine avec les primates pour arriver à un stade où l’intelligence artificielle parait plus humaine que l’humain lui-même quitte à l’éradiquer. C’est vraiment dans cette troisième partie que toute cette tension est palpable.

Seulement, le film accuse toujours d’un rythme trop étiré. Kubrick veut démontrer son savoir faire et le caractère innovant de son film. Les effets spéciaux sont encore excellents pour la plupart d’entre eux. Sauf que la scène de sortie dans l’espace par exemple, aussi réaliste soit-elle, relève plus de la démonstration que du cinéma pur. L’intention est louable mais est éreintante lorsque cela concerne 90 % du film. On en ressort totalement éprouvé et épuisé, ce qui est certainement le but.

Le meilleur pour la fin ?

Passé le meilleur moment du film, nous arrivons à ce fameux climax qui suscite encore l’incompréhension. Cette scène où le héros part dans un délire métaphysique à s’en faire décoller les tympans. Pour atterrir dans une chambre lugubre face à son soi vieillissant. Le tout pour renaître en tant que nouveau né face à un nouveau monde. Est-ce que cela signifie l’évolution de l’homme, qui résonne avec l’introduction du film ? Est-ce que l’espèce humaine doit mourir pour mieux renaître ? Pourquoi Jupiter ? Que représente ce monolithe noir ? Autant de questions qui taraudent dans nos têtes, nous poussant à créer notre propre réflexion.

Tout cela est poussé par une bande originale devenue iconique avec le temps. A chaque fois que le thème principal retentit, on ne peut s’empêcher de ressentir un tout plein d’émotions à en avoir la chair de poule. Elle fait débuter et finir le film de manière magistrale, preuve de la folle maestria de Kubrick. La musique classique se fond très habilement au ton du film qui mêle aussi divers bruitages organiques intenses. C’est une des ses grandes forces. Si on peut lui reprocher d’être trop long, le son et la musique sont les éléments principaux qui créent toute la tension au film.

Un ballet spatial iconique

Au final, Kubrick déroute plus qu’il n’envoûte. Il faut avoir un certain recul pour apprécier son oeuvre. Il est clair qu’après un certain temps, nous pourrons statuer sur sa vraie place dans notre cinéphilie personnelle. 2001 est ce genre de film qu’on apprécie avec le temps. Le principal défaut de 2001, c’est son aura quasi incontestée. Tout le monde semble le mettre sur un piédestal de film intouchable. Mais c’est aussi ce qui en fait sa principale qualité. Il résiste à travers le temps, un peu comme un bon vin, ce qui est subjectif tout de même. Chacun possède sa propre expérience sur 2001, aussi unique soit-elle. C’est ce genre de film où un nouveau visionnage nous fait découvrir de nouvelle choses. C’est surement pour cette raison qu’il existe aussi peu de détracteurs.

Bande annonce :

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1 Reply to “2001 : L’Odyssée de l’Espace”

  1. Bonjour,
    Je ne peux pas m’empêcher de relever des choses écrites ici inexactes.
    J’espère que mes remarques pourront apporter quelques pistes sur le film à ceux qui ont un peu de mal avec. Je ne maîtrise pas du tout complètement l’œuvre mais je l’aime beaucoup ( – en fait je considère que c’est le plus grand film de tous les temps).
    Il a effectivement un aspect très expérimental (et pour le moins abstrait) qui peut rebuter la 1ère fois mais une fois qu’on entre dedans on oublie tout. Et une fois qu’on le revoit on comprend déjà mieux.
    Tout d’abord, sur l' »absence de scénario » : un film ne se distingue pas que pour ses péripéties rocambolesques et dans le cas de 2001, on est face à un film psychédélique. De ce fait c’est à la fois un film de son époque (les années 60 c’est le gros boom du psychédélisme) et intemporel, parce qu’ils questionnent l’homme sur son existence plus que sur son époque. Le psychédélisme veut dire (en gros) « montrer l’âme ».
    Kubrick a dit de son film : « j’ai essayé de créer une expérience visuelle, qui contourne l’entendement et ses constructions verbales, pour pénétrer directement l’inconscient avec son contenu émotionnel et philosophique », on ne peut avoir de réponses d’une ligne scénaristique claire, donc, mais pas la façon dont on reçoit les symboles montrées, les émotions qu’ils procurent. Kubrick voulait finalement un truc assez accessible à tous.
    2001 est aussi un mini-traité de philosophie sur la place de l’homme dans l’univers (je globalise beaucoup, c’est plus riche mais je ne prétends pas du tout maîtriser tout le film). Chaque plan nous interroge sur la question de notre existence au sein du temps (d’où les différentes temporalités) et de l’espace. De ce fait, je pense qu’il est faux de dire qu’il n’y a, pour certaines scènes, seulement de la démonstration d’effets spéciaux plutôt que du cinéma pur. Au contraire, Kubrick s’appuie énormément sur son médium, au point qu’on peut se demander si 2001 n’est pas aussi un film avec une portée extrêmement métadiscursive (cf la scène sur la lumière, la configuration ressemble beaucoup trop à celle d’un plateau de tournage). En plus le cinéma est, si on s’en tient à la grande définition des théoriciens « un art de l’espace et du temps » parce que le cinéma a besoin d’espace (l’espace dans lequel se déroule un film) et de temps (un film « dure ») pour exister. Certains disent que le monolithe noir représente un écran de cinéma. Pour moi ce serait plutôt l’arrivée de la vie (ce que ne possède d’ailleurs pas HAL, ce qu’on ne trouve pas dans l’espace… + cf le bébé à la fin) mais c’est juste mon idée.
    Il y a aussi une réflexion sur l’outil : le singe devient humain à partir du moment où il utilise l’os comme arme et c’est l’outil (HAL) qui finit par prendre toute puissance.
    Pour moi, 2001 interroge sur l’existence de chaque chose. C’est une utilisation absolument époustouflante du cinéma pour en faire à la fois une réflexion sur lui-même et tout ce qui compose son existence, allant jusqu’à s’interroger sur celle de l’Homme. Mais il n’est pas essentiel de tout comprendre et le réalisateur n’a jamais voulu que tout soit entièrement compris, au contraire, il voulait d’abord que ça se ressente comme une expérience sensorielle à partir de laquelle peut naître la réflexion. C’est pour ça que je l’aime autant d’ailleurs !

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