Everybody Knows : le pueblo espagnol sous l’oeil de Farhadi

Everybody Knows : le pueblo espagnol sous l’oeil de Farhadi

Cela faisait 4 ans qu’Asghar Farhadi travaillait sur ce projet. L’iranien a installé sa caméra en Espagne, dans la communauté autonome de Madrid pour tourner Everybody Knows. Avec ce drame de 2h10, il signe son retour sur la croisette, après y avoir présenté Le Passé et Le Client respectivement en 2013 et en 2016. Qu’en est-il ? On fait le point tout de suite !

Synopsis

Alors que son mari, Alejandro est resté en Argentine, Laura et ses deux enfants se rendent auprès de la famille de Laura pour célébrer le mariage d’une de ses soeurs, en Espagne. Cependant, après la fête, les choses ne vont pas se passer comme prévu car : la fille de Laura a disparu. De vieilles histoires, enfouies dans le passé, vont alors ressurgir et bouleverser la vie de cette famille…

Le réalisme au coeur de Everybody Knows

La source d’inspiration d’Everybody Knows remonte aux années 2000. Alors qu’il venait pour la première fois en Espagne, le réalisateur iranien aperçoit des affiches concernant la disparition d’une jeune fille. L’idée germe et il se met à écrire un scénario en farsi, sa langue maternelle. Cependant, il tient à faire se dérouler l’action dans la péninsule ibérique. Il fait alors traduire son script en espagnol, et le fait relire à de multiples reprises pour que l’écriture, les dialogues, etc. ressemblent à ce qu’un.e natif.ve aurait écrit (source : Allôciné).

Si l’approche de l’écriture s’est voulue extrêmement réaliste, la réalisation n’est pas en reste, tout comme c’était le cas dans The Rider de Chloé Zhao. En effet, la caméra à l’épaule est employée presque tout au long du métrage, permettant aux spectateurs.rices d’être au plus près de l’action. Les personnages respirent dans le champ, malgré leur nombre, et les plans plus larges sont privilégiés aux gros plans.

Néanmoins, une question subsiste car la décision d’utiliser un titre en anglais est assez fallacieuse. Rien ne la justifie, d’autant plus qu’il ne s’agit que d’une traduction du titre espagnol. Pourquoi ne pas l’avoir traduit tout simplement en français ? Ou l’avoir laissé en espagnol ?

Un scénario un peu faible

Si Farhadi a passé beaucoup de temps sur l’écriture du scénario d’Everybody Knows, ce dernier reste un peu simple. Effectivement, il est assez classique et n’est pas amené de manière subtile. Ainsi il est largement possible de deviner à l’avance le chemin que va prendre le long-métrage. Les rebondissements font artificiels et réduisent la portée dramatique des événements.

Si la première moitié du film est assez bien construite et fluide, la seconde partie a parfois tendance à s’étirer en longueur. Cela n’aide pas à contrebalancer la prévisibilité de ce qui se passe à l’écran. Au contraire, des lourdeurs apparaissent, et il peut être assez simple pour le public de sortir du film.

Des personnages et un casting remarquables

Cela dit, le travail sur les personnages est très intéressant. Aucun.e n’est unidimensionnel.le, ce qui est très agréable, et tou.te.s sont plutôt bien développé.e.s. Le travail des acteurs et actrices est remarquable pour cela, car malgré les points négatifs dûs au scénario, le casting sauve le film en étant d’une justesse exemplaire. Javier Bardem est excellent, tout comme Penélope Cruz. Néanmoins, la plus brillante du casting est probablement Bárbara Lennie, bluffante. La seule déception peut à la limite venir de Ricardo Darín, dont le jeu est un peu en dessous de celui de ses partenaires (à moins que cela ne soit son personnage). Néanmoins, il livre une performance tout à fait correcte.

Le public est par ailleurs parfois considéré comme un personnage à part entière du film grâce à la réalisation. En effet, l’utilisation des plans tournés au drone brisent le 4ème mur. Ainsi, les spectateurs et spectatrices sont soupçonné.e.s également de savoir ce qui a pu se passer lors de la soirée de mariage.

La culture espagnole à l’écran

Incontestablement, chaque intervenant.e ayant contribué à la production d’Everybody Knows a considérablement permis de mettre en image la culture espagnole. Les décors évidemment la dépeignent de toute façon, puisque le tournage a eu lieu en plein coeur de l’Espagne. Les relectures multiples par des natif.ve.s y ont également aidé. Cependant, l’ambiance insufflée par le casting, dont tou.te.s les acteurs et actrices sont d’origine espagnole, a plus que fortement influencé la représentation de la culture ibérique des petits pueblos.

La musique y a aussi également contribué. Car même si aucun thème ne semble plus marquant que les autres, le travail de Javier Limón est très sympathique. Il en va de même pour la photographie. Le travail de José Luis Alcaine, collaborateur habituel de Pedro Almodóvar, se mélange plutôt bien au style réaliste cher à Asghar Farhadi. La patte du chef-opérateur espagnol se ressent tout de même, la colorimétrie étant un peu plus pétante que dans les autres oeuvres du réalisateur iranien.

En bref…

Sans être l’une des meilleures réalisations d’Asghar Farhadi, à cause de ses longueurs et lourdeurs dans le scénario, Everybody Knows bénéficie d’un casting exemplaire et de bonnes intentions à la réalisation. Un résultat un peu décevant, mais largement correct.

Sélectionné en compétition au 71ème festival de Cannes, Everybody Knows a également fait l’ouverture de l’édition 2018 du festival.

Tu veux plus d’infos sur le film ? Clique ici ;^)

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