The Rider : « C’est la vie, pas le paradis »

The Rider : « C’est la vie, pas le paradis »

Oui, cette citation vous dit quelque chose : elle est tirée de Rodéo de Zazie. Et pas de doute : rien ne pourrait correspondre plus justement à The Rider, réalisé par Chloé Zhao.

Synopsis

Après une violente chute de cheval et une blessure au crâne qui a failli lui coûter la vie, Brady Blackburn, un jeune cowboy, doit apprendre à se reconstruire.

Un « docufiction » sur grand écran

Chloé Zhao a fait un pari plutôt audacieux. Souhaitant s’intéresser à la ruralité des éleveurs de chevaux et aux compétitions de rodéo, deux choix « classiques » s’offraient à elle : réaliser une fiction ou un documentaire. Mais la réalisatrice chinoise a préféré mélanger ces deux concepts. Ainsi, après Les Chansons que mes frères m’ont apprises (sorti en 2015), elle s’est lancée dans la production d’un « docufiction » sur grand écran. Elle a alors à nouveau posé son trépied dans la réserve de Pine Ridge.

Plutôt que de créer des personnages inspirés de cet univers, le film met en scène des acteurs et actrices non professionnel.le.s interprétant leur propre rôle. Le personnage de Brady Jandreau n’a de différent que le nom de famille. Jandreau a lui-même été victime du même accident que Blackburn alors qu’il participait à des compétitions de rodéo. Il est également lui-même un véritable dresseur de chevaux dans le Dakota du Sud. Son père et sa soeur interprètent aussi leurs rôles à ses côtés. Mais la liste ne s’arrête pas ici. Pour ne citer que lui, Lane Scott, ancien cowboy victime d’un violent accident également et personnage secondaire au combien marquant.

Une plongée tout en délicatesse au coeur du Dakota du Sud

The Rider est sans surprise tourné dans un style documentaire. La caméra à l’épaule présente du début à la fin, mais aussi quelques gros plans sur les personnages et les chevaux font clairement écho aux documentaires. Le travail de la lumière ainsi que celui de la photographie sont sublimes. La bande originale est assez discrète mais crée une ambiance douce et chaleureuse, comme au coin d’un feu de camp (oui, ceci est une référence totalement directe à une scène du film uniquement pour vous allécher).

La délicatesse de la réalisation et du scénario se ressentent aussi beaucoup dans les relations entre les personnages. Zhao filme avec beaucoup de soin celle entre Brady et sa soeur Lilly, atteinte du syndrome d’Asperger (et bien trop attachante). Les scènes entre Jandreau et Scott sont également tout en douceur et sensibilité, aussi bien lorsqu’ils regardent ensemble de vieilles vidéos YouTube de leurs exploits passés que lors de leurs conversations. 

Entre passion et danger

La passion la plus intense qui se dégage de The Rider se situe probablement lors des chevauchées des personnages (toutes, y compris celles de Lane). Le paroxysme de cet amour pour les équidés se trouve lors de la séquence de l’apprivoisement d’un cheval sauvage où le travail de Jandreau est absolument magnifique. Cela peut clairement réveiller des souvenirs chez les cavaliers et cavalières.

Néanmoins, le rappel cruel de la réalité n’est jamais très loin. L’équilibre entre danger et plaisir retranscrit par la réalisation de The Rider n’est d’ailleurs pas sans rappeler le dilemme de Brady. Tiraillé par ses rêves incompatibles avec son état physique, le jeune homme est fougueux, déraisonnable, borné comme n’a de cesse de le répéter son père. Il lutte pour continuer à pratiquer sa passion, mais à quel prix ? Le danger est là en permanence. Dans les séquences, dans les dialogues. Son poids pèse sur les épaules de Brady, qui se débat pour s’en libérer et trouver sa place après avoir été une star locale dans une société américaine encore plus rurale que celle dépeinte dans Three Billboards. Difficile pour un jeune homme d’une vingtaine d’années dont les responsabilités semblent déjà trop écrasantes.

La dureté de la réalité est également présente dans les dialogues, en particulier dans certaines séquences. Une des répliques de Brady lorsqu’il compare son destin à celui d’un cheval blessé en est une illustration parfaite. Une phrase déchirante et une scène insoutenable.

En bref…

Délicat, bouleversant… The Rider est une proposition qu’on a trop peu l’habitude de voir au cinéma, porté par un casting extrêmement touchant. A ne pas laisser passer si vous avez l’occasion de le voir.

Présenté en 2017 lors de la Quinzaine des Réalisateurs lors de la 70ème édition du Festival de Cannes, The Rider y a remporté le Prix Art Cinema. Le film a également reçu le Grand Prix lors du Festival du cinéma américain de Deauville la même année.

Tu veux plus d’infos sur le film ? Clique ici ;^)

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